Le journal de la Cité

Port-grimaud pied dans l'eau

Saint-Tropez vue de Port Grimaud : la rive d'en face

Un matin de mai, un café tiède, on s’approche de la fenêtre sans raison particulière, on écarte le rideau,  Et là, droit devant, posé sur l’autre rive du Golfe comme un signe ancien — le clocher de Saint-Tropez.

La lumière n’a pas encore chauffé. Le village est minuscule et précis, découpé dans l’horizon comme une carte postale pas encore postée. On reste un instant à le regarder. On ne fait rien. C’est suffisant. À Port Grimaud, ce geste-là est rare. Et il a une histoire.

Une cité qui regarde vers elle-même

Quand François Spoerry imagine Port Grimaud, dans une cellule du camp de Dachau où il est détenu comme résistant, ce qu’il dessine n’est pas une marina avec vue sur la mer. C’est un village. Un tissu serré de maisons, de ruelles, de canaux. Une cité tournée sur elle-même, organisée autour de son propre réseau intérieur.

Le parti pris est conceptuel, presque politique. À l’époque, sur la Côte d’Azur, on construit des barres de béton face à la Méditerranée, la vue mer est l’argument de vente ultime. Spoerry refuse cette grammaire. Il oppose à la tour panoramique un village piéton, à la fenêtre sur l’horizon un balcon sur le canal, au regard vers l’extérieur une intimité lacustre.

Le statut même du plan d’eau, défini par le Domaine Maritime en 1969, confirme cette logique : les quais et anneaux devant les maisons sont propriété privée, il ne peut y avoir de sentier littoral devant les façades. La Cité ne se montre pas au public. Elle se vit par ses résidents, depuis l’intérieur.

Sept kilomètres de canaux. Quatorze kilomètres de quais. Deux mille quatre cents maisons. Et presque toutes, fidèles au projet d’origine, regardent le voisin, le pont, le reflet du bateau sur l’eau calme.

Quelques exceptions, toutefois

Mais dans une composition de cette taille, il subsiste toujours des marges, des interstices, des accidents bienheureux. Quelques biens de Port Grimaud, très peu nombreux, ont été construits là où la Cité cesse et où le Golfe commence. Ceux-là, en plus du canal, offrent autre chose : ils regardent au-dehors.

Ce sont les maisons de la frange. Celles qui, par leur position sur la presqu’île, dominent la baie, aperçoivent le clocher de Saint-Tropez, voient arriver les voiles. Ce que Spoerry n’avait pas voulu par principe, la géographie l’a concédé à quelques privilégiés.

L’expérience y est radicalement autre. Dans la Cité, la vue est intime et encadrée — un canal, une fenêtre en face, un bougainvillier. Dans ces maisons-là, la vue s’ouvre. L’œil parcourt vingt kilomètres sans rencontrer d’obstacle. La lumière du soir vient de la mer, pas des reflets. On n’est plus dans un village, on est sur un belvédère.

Port-grimaud pied dans l'eau

Ce que Saint-Tropez fait au regard

Il y a quelque chose d’étrangement juste à contempler Saint-Tropez depuis ailleurs. Les peintres le savaient. Signac, Bonnard, Matisse ont passé des étés entiers à peindre le village — mais ils l’ont peint depuis ses propres collines, rarement depuis la rive d’en face. Le motif, quand il devient familier, finit par se dissoudre dans l’habitude.

Depuis Port Grimaud, le privilège est exactement inverse. On ne regarde pas Saint-Tropez de trop près. On le regarde à la bonne distance — celle où le village reste un tableau, ne devient jamais un décor. Le clocher est là, les bateaux entrent et sortent du port, la vie s’agite. On observe sans être dedans. On est spectateur d’un motif qu’on ne se lasse pas de voir évoluer avec les heures.

Les habitants de ces biens le savent : la vraie valeur n’est pas dans le mètre carré de vue. Elle est dans les milliers de matins qui, l’un après l’autre, referont le même cadrage sans que jamais il ne soit le même.

Une maison qui, précisément, fait cela

L’Immobilière de la Cité présente actuellement l’une de ces rares maisons qui, à Port Grimaud, a choisi de regarder au-dehors. Une propriété posée sur la frange, accès direct à la plage, terrasse panoramique à cent quatre-vingts degrés sur le Golfe et le village mythique qui se dresse, en face, sur l’autre rive.

On pourrait en dire plus. On préfère s’arrêter ici. Les maisons qui changent la vie se visitent, elles ne se résument pas.